© Shutterstock/ultramansk | Des ingénieuses utilisent l’intelligence artificielle et la robotique pour optimiser la production.
L’intelligence artificielle a le potentiel de transformer le développement humain. La question est de savoir si elle le fera d’une manière qui reflète les priorités du plus grand nombre, plutôt que les intérêts de quelques-uns.
Le marché mondial de l’intelligence artificielle (IA) devrait atteindre 4 800 milliards de dollars d’ici 2033 – soit à peu près la taille de l’économie allemande – ce qui représenterait une multiplication par 25 en seulement dix ans.
Cette expansion rapide a déjà un impact sur la vie quotidienne.
Des applications mobiles dotées d’IA aident les agents de santé en zone rurale à interpréter des symptômes là où les médecins font défaut.
Des plateformes d’apprentissage adaptatif personnalisent les leçons pour les élèves dans les écoles sous-dotées en ressources.
Dans les régions vulnérables au climat, des modèles d’IA prévoient les inondations, la sécheresse et les pertes de récoltes plusieurs jours ou semaines à l’avance, donnant ainsi aux communautés le temps de se préparer.
Mais ces avancées ne sont pas automatiques. Elles dépendent de choix concernant qui développe la technologie, dont les données servent à l’entraîner et qui participe à sa gouvernance.
Des enjeux considérables pour le développement humain
Les avantages de l’IA sont loin d’être répartis équitablement.
Un petit groupe d’économies et une centaine d’entreprises contrôlent la majorité de la recherche, des brevets et de la puissance informatique liés à l’IA.
Moins d’un tiers des pays en développement disposent d’une stratégie nationale pour l’IA. Parmi les pays les moins avancés, ce chiffre n’est que de 12 %.

Environ 65 % des habitants des pays les moins avancés restent hors ligne, ce qui place l’IA hors de portée dès le départ.
Jusqu’à 40 % des emplois dans le monde pourraient être concernés par l’automatisation guidée par l’IA. Cela risque d’éroder l’avantage de la main-d’œuvre bon marché dont dépendent de nombreux pays en développement pour leur croissance et la réduction de la pauvreté.
Par ailleurs, 118 pays – principalement du Sud – sont absents des grands forums de gouvernance de l’IA. Cela signifie que les normes en matière de sécurité, de transparence et de responsabilité s’élaborent sans leur participation.
Il ne s’agit pas uniquement de lacunes techniques. Ce sont des écarts de développement humain qui affectent les moyens de subsistance, les services publics ainsi que les capacités des pays à répondre aux besoins de leurs citoyens.
Points d’appui : infrastructures, données et compétences
L’IA peut offrir le plus grand impact pour le développement humain là où les besoins sont les plus pressants : agriculture, soins de santé primaires, gestion des catastrophes et administration publique.
Le succès dépend de trois facteurs interdépendants : des infrastructures comme l’électricité, le haut débit et l’informatique ; des données pertinentes à l’échelle locale ; et des compétences au sein de la main-d’œuvre.
Pour la plupart des pays en développement, l’entrée la plus réaliste consiste à adapter des modèles existants ou en libre accès aux conditions locales, plutôt qu’à créer des systèmes propriétaires.
L’alignement de ces efforts sur les plans nationaux de développement — et la prise en compte de la gouvernance des données comme élément central de la préparation — distingue les pays qui bénéficient des avancées de l’IA de ceux où la technologie reste limitée aux centres urbains.
Voies politiques pour une IA inclusive
Une IA inclusive n’est pas une voie plus lente, mais une voie qui garantit que la technologie ne laisse personne de côté. Pour les pays en développement, il existe aujourd’hui une fenêtre d’action, mais elle se rétrécit.
ONU commerce et développement (CNUCED) plaide pour une coopération mondiale afin d’orienter l’IA vers des objectifs et des valeurs partagés. Les priorités clés comprennent :
- Engagement du secteur : Un mécanisme de divulgation publique pour l’IA, similaire au cadre environnemental, social et de gouvernance (ESG), peut améliorer la responsabilité et transformer les engagements mondiaux en résultats concrets.
- Infrastructures partagées : Un dispositif mondial partagé peut offrir un accès équitable aux infrastructures d’IA, en abaissant les obstacles pour les pays qui ne peuvent pas les développer seuls.
- Innovation ouverte : Les données ouvertes et les modèles en libre accès peuvent élargir l’accès aux connaissances et aux ressources, soutenant ainsi une innovation inclusive en IA. La coordination des ressources fragmentées en matière d’IA open source peut les rendre plus accessibles et favoriser la collaboration mondiale.
- Renforcement des capacités : Le partage des connaissances et des ressources en matière d’IA – notamment par la coopération Sud-Sud – peut renforcer la capacité des pays en développement à tirer parti des bénéfices de l’IA et à relever les défis communs.