UPU

Philatélie intemporelle – Comment les postes suscitent aujourd’hui de l’intérêt avec un produit historique

Ces dernières années, un timbre cryptographique avec des jumeaux numériques et un timbre record du monde d’une superficie d’environ 6 mètres carrés ont été émis. Ces succès ont eu lieu dans un contexte où le secteur philatélique, dans sa 180e année, évolue dans un monde numérique dans lequel la technologie a menacé son existence tout en générant des idées novatrices.

Malgré les défis rencontrés par la philatélie, notamment en matière de sécurité et de vente, pour les postes, la philatélie reste une source importante de revenus et de promotion de leur activité, estime Stéphane Cuennet, qui travaille au secrétariat de l’Association mondiale pour le développement de la philatélie (AMDP) et comme assistant au programme «Philatélie et coupons-réponse internationaux» de l’UPU.

«Le timbre-poste représente bien plus qu’une simple marque d’affranchissement, indique M. Cuennet. En plus d’être une véritable œuvre d’art et un support de publicité et de promotion, le timbre transmet un message fort et illustre différentes cultures du monde – une carte de visite de chaque Pays-membre.»

Les progrès technologiques ont amélioré la conception et la production des timbres-poste, notamment dans les pays en développement.

La croissance du commerce électronique a débouché sur la philatélie en ligne, qui permet d’augmenter les ventes, notamment à l’international. Et l’essor des réseaux sociaux a permis aux opérateurs désignés de communiquer beaucoup plus efficacement, explique M. Cuennet.

Ce nouveau contexte a permis à la philatélie de se concentrer sur la nouvelle génération de collectionneurs. C’est plus qu’un aspect utilitaire du système postal. La philatélie est un lien culturel qui relie les opérateurs aux communautés. C’est en partie ce qui motive M. Cuennet dans son travail.

«Je suis motivé par la passion – parfois jusqu’à l’obsession – des collectionneurs mais aussi, et surtout, par la passion de ceux qui ont donné vie à cet art au cours des cent quatre-vingt dernières années. Cet univers unique me permet également de rencontrer des personnes de tous les horizons animées par la volonté commune et indéfectible de développer et de perpétuer la philatélie», poursuit M. Cuennet.

Il est ressorti des études de marché réalisées par l’UPU avec le groupe de travail de l’AMDP qu’entre 2015 et 2019 le recours aux médias sociaux est passé de 43 à 69% et les achats en ligne de 48 à 65%, les chiffres ayant depuis encore augmenté.

«Ces statistiques démontrent l’évolution du marketing chez les opérateurs qui ont su prendre le virage de la numérisation de l’économie, qui ont développé leur activité en s’adressant à des clients et des collectionneurs plus nombreux. Dans le même temps, cette évolution a permis aux collectionneurs d’accéder presque instantanément à davantage de produits philatéliques», précise M. Cuennet.

En outre, la pandémie a fortement augmenté les échanges en ligne de timbres et de produits philatéliques ainsi que les ventes en ligne et les nombreuses visites de boutiques philatéliques en ligne et de musées virtuels du timbre.

«On avait l’impression que les gens se reconnectaient d’une certaine manière à un monde plus traditionnel et physique, repoussant la numérisation effrénée de nos sociétés», ajoute M. Cuennet.

Les postes prennent des mesures novatrices qui mettent en avant leur mission et leur lien avec leur population et s’engagent dans la transformation numérique pour mettre en valeur la philatélie.

La poste saoudienne, en collaboration avec le festival annuel de divertissement Riyadh Season, a établi en février le record mondial Guinness pour le plus grand timbre postal. Il mesure 5,95 mètres carrés et a été conçu avec de l’encre spéciale et d’autres matériaux utilisés pour de vrais timbres.

La Poste Suisse, en novembre 2021, a émis son premier cryptotimbre. Le tirage de 175 000 exemplaires a été vendu en cinq heures. Les timbres physiques étaient vendus avec un «jumeau» numérique stocké sur une chaîne de blocs et qui pouvait être collecté, négocié et échangé comme un timbre traditionnel. Son succès a conduit à l’émission d’un deuxième cryptotimbre en août 2022.

Selon M. Cuennet, la philatélie se dirige vers la numérisation, ce qui soulève la question de savoir si la philatélie traditionnelle et la philatélie numérique peuvent coexister.

L’arrivée de la philatélie numérique, et en particulier des cryptotimbres basés sur la chaîne de blocs, était inattendue. Et l’apparition soudaine des jetons non interchangeables a poussé les Pays-membres à découvrir des territoires inexplorés tant du point de vue juridique que réglementaire, sans parler des aspects techniques et de marketing.

L’UPU et l’AMDP s’efforceront de gérer la philatélie traditionnelle tout en continuant à innover et à promouvoir la philatélie électronique et numérique, ajoute-t-il. Certains opérateurs ont su guider et orienter les autres opérateurs. Et l’AMDP apporte son soutien aux opérateurs qui souhaitent intégrer ce nouveau marché.

«L’UPU et l’AMDP soulignent l’importance de la sécurité et des cadres réglementaires pour mieux protéger le secteur et les collectionneurs. Nous encourageons les Pays-membres de l’UPU à adapter leur réglementation aux nouvelles tendances numériques afin d’assurer l’avenir de leur philatélie», conclut M. Cuennet.

Cet article a été publié pour la première fois dans Union Postale No.2 2022.

Previously posted at :