La Pologne devient le premier pays dans lequel est appliquée une nouvelle collaboration technique entre le Groupe de la Banque mondiale et l’Organisation internationale du Travail, conçue pour évaluer les effets macroéconomiques potentiels de l’intelligence artificielle.
La Pologne est devenue le premier pays dans lequel le Groupe de la Banque mondiale a appliqué son nouveau cadre macroéconomique, en utilisant l’indice d’exposition à l’IA de l’Organisation internationale du Travail (OIT), afin de modéliser les effets potentiels de l’IA sur l’économie et les marchés du travail. Les nouvelles conclusions ont été publiées le 22 juin dans un rapport intitulé Navigating the Age of AI: Implications for Poland’s Economy - What AI Means for Growth, Firms and Jobs, qui analyse les effets économiques plus larges de l’adoption de l’IA.
L’événement de lancement organisé à Varsovie, auquel j’ai représenté l’OIT en tant que contributeur au rapport, était accueilli par le ministère polonais des Finances. Il a réuni des représentants du gouvernement, du monde universitaire, des entreprises, des travailleurs, des instituts de recherche et des organisations internationales afin d’examiner les implications des conclusions du rapport. Les discussions ont souligné que le véritable défi ne consiste plus à mesurer l’exposition à l’IA, mais à déterminer comment les sociétés y répondent.
Au cours des dix-huit derniers mois, j’ai travaillé en étroite collaboration avec les équipes du Groupe de la Banque mondiale chargées de l’économie régionale et de la modélisation macroéconomique mondiale afin d’adapter le cadre d’équilibre général calculable de la Banque pour tenir compte de l’IA. Une partie essentielle de ce travail a consisté à intégrer au modèle les mesures de l’exposition professionnelle à l’IA élaborées par l’OIT. La méthodologie sur laquelle repose ce cadre est actuellement présentée dans un document de travail conjoint, qui sera publié dans les prochains mois. Notre objectif n’est pas seulement de présenter le cas de la Pologne, mais également de rendre ce cadre transparent, reproductible et adaptable à d’autres pays.
Le rapport sur la Pologne va donc bien au-delà d’une simple étude nationale. Il constitue l’une des premières tentatives visant à relier les données sur l’exposition à l’IA au niveau des tâches à des simulations portant sur l’ensemble de l’économie, notamment en matière de productivité, d’emploi, de salaires, de finances publiques et de croissance économique. Concrètement, cela signifie qu’il faut aller au-delà de la question « Quelles professions sont exposées à l’IA ? » et se demander plutôt : « Qu’advient-il d’une économie lorsque ces transformations professionnelles interagissent avec la productivité, l’investissement, la mobilité de la main-d’œuvre, les salaires et les changements structurels ? »
Ce changement de perspective est important. Une grande partie du débat public sur l’IA reste centrée sur certaines professions et sur le risque de pertes d’emplois. Les responsables politiques ont toutefois besoin de réponses à des questions plus larges, notamment sur les gains de productivité que l’IA pourrait générer, les effets de son adoption sur l’emploi dans les différents secteurs, son incidence sur les salaires et les finances publiques, ainsi que la répartition des gains entre le travail et le capital.
Le rapport laisse entendre que l’IA pourrait devenir une source importante de croissance de la productivité en Pologne. Parallèlement aux possibilités considérables qu’elle offre, le rapport souligne les risques de déplacement des travailleurs et de restructuration des emplois, de redistribution de l’emploi entre les professions et les secteurs, d’exposition inégale des différentes catégories de travailleurs, ainsi que la difficulté de veiller à ce que les gains de productivité se traduisent par une amélioration largement partagée des niveaux de vie. La conclusion la plus importante est toutefois peut-être que la technologie ne détermine pas à elle seule les résultats.
Ces conclusions sont étroitement liées à un thème central des travaux de l’OIT sur l’avenir du travail : le changement technologique ne se produit pas dans le vide. Ses effets sont influencés par les institutions du marché du travail, les systèmes de protection sociale, les politiques de développement des compétences et le dialogue social.
Le dialogue social revêt une importance particulière car, si les modèles peuvent identifier des scénarios probables, ils ne peuvent pas déterminer comment les avantages et les coûts du changement technologique doivent être répartis. Ces décisions nécessitent un processus politique associant les gouvernements, les employeurs et les travailleurs. Les conclusions du rapport constituent un point de départ pour des discussions plus larges sur des solutions politiques concrètes permettant de soutenir à la fois la performance économique et une transition juste pour les travailleurs.
En définitive, la valeur de ce travail analytique ne réside pas seulement dans l’amélioration de notre compréhension des effets économiques potentiels de l’IA, mais aussi dans sa capacité à aider les sociétés à faire des choix éclairés sur la manière dont elles souhaitent gérer la transformation à venir.