The growing use of artificial intelligence in the workplace raises important questions about ethics, governance and the protection of workers’ rights. © Pexels/ cottonbro studio

ILO
Comment les normes internationales du travail peuvent-elles contribuer à une utilisation éthique de l’IA au travail?

Une nouvelle étude de l’OIT examine comment les normes internationales du travail peuvent contribuer à orienter une utilisation responsable de l’intelligence artificielle sur le lieu de travail, tout en mettant en lumière les nouveaux défis pour les droits des travailleurs.

GENÈVE (OIT Infos) – Alors que l’intelligence artificielle (IA) transforme les lieux de travail à travers le monde, la question de savoir comment garantir son utilisation équitable et responsable devient de plus en plus urgente. Une nouvelle étude de l’Organisation internationale du Travail (OIT) souligne le rôle essentiel que peuvent jouer les normes internationales du travail pour relever ces défis.

Intitulée AI Ethics and the ILO’s international labour standards system: exploring synergies, cette étude, réalisée par les chercheurs de l’OIT Jordi Agustí-Panareda et Daniel Samaan, examine les liens entre les principes largement reconnus de l’éthique de l’IA et les valeurs, principes et droits qui sous-tendent le système normatif de l’OIT.

Si de nombreuses lignes directrices sur l’éthique de l’IA ont vu le jour ces dernières années, beaucoup restent générales et volontaires, offrant peu d’indications concrètes sur la manière d’encadrer l’utilisation de l’IA dans des situations professionnelles spécifiques.

L’étude montre que le cadre de normes internationales du travail établi de longue date par l’OIT constitue une référence essentielle pour traduire les principes éthiques de l’IA en applications concrètes dans le monde du travail.

À la rencontre de l’éthique de l’IA et des normes internationales du travail

Les chercheurs comparent cinq principes largement reconnus de l’éthique de l’IA — la justice, la bienfaisance, la non-malfaisance, l’autonomie et l’explicabilité — aux fondements éthiques du cadre normatif de l’OIT.

Ils mettent en évidence d’importantes convergences, notamment en matière d’équité, de dignité humaine, de bien-être et de prévention des préjudices.

L’analyse révèle toutefois également des différences. Alors que les cadres éthiques de l’IA tendent à privilégier l’autonomie individuelle, la protection de la vie privée et la transparence, le cadre normatif de l’OIT met également l’accent sur des dimensions et des droits collectifs essentiels, notamment la liberté syndicale, la négociation collective et le dialogue social.

Or, comme le souligne l’étude, ces dimensions collectives sont souvent absentes des débats dominants sur l’éthique de l’IA, malgré leur importance pour déterminer comment les nouvelles technologies sont introduites et encadrées dans le monde du travail.

De nouveaux défis pour les droits des travailleurs ?

L’étude examine également les questions soulevées par l’IA qui pourraient nécessiter une attention renouvelée dans l’application des normes internationales du travail.

Il s’agit notamment de la collecte et de l’utilisation des données personnelles des travailleurs, de la gestion algorithmique, de la surveillance sur le lieu de travail et de la transparence des décisions en matière d’emploi prises avec l’aide de l’IA.

Par exemple, lorsque des systèmes d’IA sont utilisés pour sélectionner des candidats à un emploi ou évaluer les performances des travailleurs, il devient essentiel de comprendre comment les décisions sont prises et quelles données ont été utilisées afin de garantir la responsabilité des acteurs concernés et l’équité des procédures, conformément aux normes internationales du travail.

Les auteurs estiment que l’éthique de l’IA et les normes internationales du travail peuvent se renforcer mutuellement : les droits du travail établis peuvent contribuer à orienter les débats sur la gouvernance de l’IA dans les lieux de travail, tandis que les principes émergents de l’éthique de l’IA, ainsi que les préoccupations qu’ils soulèvent, peuvent éclairer et enrichir l’application des normes du travail à mesure que les technologies évoluent.

Vers une approche de la gouvernance de l’IA centrée sur l’humain

Les résultats mettent en évidence la contribution potentielle du système de normes internationales du travail et de la structure tripartite de l’OIT aux débats actuels sur la gouvernance de l’IA.

En réunissant les gouvernements, les employeurs et les travailleurs, l’OIT offre un cadre permettant de prendre en compte non seulement les dimensions techniques et individuelles de l’IA éthique, mais aussi ses implications pour les conditions de travail, la représentation collective et la justice sociale.

Les auteurs appellent à poursuivre les recherches et le dialogue sur les moyens de renforcer les synergies entre l’éthique de l’IA et les normes internationales du travail afin de promouvoir une approche des transformations technologiques dans le monde du travail centrée sur l’humain.